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Le prix international Alexander Langer 2009 à Narges Mohammadi. Motivations
Née en 1972 à Zanjan, Narges Mohammadi a respiré depuis son enfance l’atmosphère d’espoir de la révolution islamique de 1979, qui au début naissait d’un désir anticolonialiste d’un pays d’ancienne culture, riche en ressources et en histoire et animé par la volonté de se racheter. En 1988, à la fin de la longue guerre contre l’Iraq de Saddam Hussein, elle avait 16 ans. La société était affaiblie et appauvrie et commençait à revendiquer des reformes économiques et sociales ainsi que plus de liberté et de démocratie.

Pendant ses études de physique, Narges crée l’association universitaire « Roshangaran » (les intellectuelsi); elle écrit des articles pour des journaux indépendants dans lesquels elle réclame le respect des droits de la femme et des étudiants et est arrêtée à deux reprises pour avoir participé à des rencontres jugées illégales. C’est une période pendant laquelle la société entame une réflexion courageuse sur les conséquences provoquées par une idéologie qui commence à considérer comme dangereux les défenseurs des droits de l’Homme et les partisans d’une démocratie partagée. Ces défenseurs respectent profondément le sentiment religieux et c’est précisément pour cette raison qu’ils croient que l’on ne peut pas l’identifier au modèle de l’état théocratique en train de s’établir dans le pays.

En 2001 Narges se marie avec Taghi Rahmani qu’elle avait connu comme professeur quand elle était à l’université. Ils ont deux enfants, des jumeaux. Taghi Rahmani, qui a déjà été emprisonné plusieurs fois en raison de ses critiques du régime et a passé un tiers de sa vie en prison, fut arrêté peu de temps après leur mariage et passa deux ans en prison préventive sans connaître les chefs d’accusation.

Ces événements ont amené Narges à s’occuper également de la situation des détenus et en particulier des détenus pour délits d’opinions qui sont souvent incarcérés sans qu’il leur soit précisé le chef d’accusation, sans preuves et sans que les avocats puissent accéder aux dossiers de leurs clients. Devenue journaliste, elle écrit pour la presse réformatrice, entre autres pour le magazine Hajar, où elle invoque l’égalité de droits pour tous les citoyens sans distinction de sexe, de religion ou d'opinions politiques. Incarcérée à deux autres reprises, Narges n’obtient plus l’autorisation de participer aux expéditions officielles et doit ainsi renoncer à sa passion juvénile de la montagne.

Depuis 2004 elle travaille au Centre des défenseurs des droits de l’homme qui défend les personnes (les opposants, les dissidents) arrêtées et emprisonnées. Elle travaille en étroite collaboration avec Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la Paix en 2003. Actuellement Narges Mohammadi est vice-présidente et porte-parole du Centre. Après la fermeture illégale par les autorités iraniennes des bureaux du centre, le 21 décembre 2008, la presse internationale a rapporté ses déclarations et a, au même temps, mis en évidence le soutien populaire que le Centre a su gagner.

Le 7 septembre 2008 Narges Mohammadi a été élue présidente du comité exécutif du Conseil National de la Paix, une vaste coalition d’écrivains, d’artistes, de juristes, de femmes, d’activistes, d’étudiants, de syndicalistes, de représentants des minorités ethniques et des groupes politiques. Le Conseil s’oppose à toute action armée préventive contre l’Iran qui ne résoudrait pas la crise nucléaire, mais qui pourrait au contraire déstabiliser la région du Golfe persique en aggravant la situation déjà fragile des droits de l’Homme. Le Conseil veut faire connaître au monde un Iran qui s’oppose à tout acte de violence et qui s’engage à construire la paix et qui travaille pour un avenir fait de sécurité, de stabilité et de bien-être, basé sur l’amitié et la tolérance. Narges est convaincue que la société iranienne désire un changement profond vers la démocratie et le plein respect des droits humains. « Ce n’est pas le problème d’une élite, c’est le problème de toute une nation. » Le 8 mai 2009, lors de son départ pour le Guatemala, son passeport lui a été retiré. Elle a su, par voie de presse, qu’elle est accusée de “propagande contre la République islamique d’Iran”.

La dernière fois qu’Alexander Langer a pris la parole au Parlement européen, le 29 juin 1995, c’était pour qu’on soutienne les femmes algériennes, qui avaient été les protagonistes de la lutte anticoloniale en Algérie et qui sentaient que leurs droits conquis étaient menacés. Depuis ce temps-là différents lauréats ont ajouté au patrimoine de la Fondation un ensemble d’amitiés et de relations avec la partie du monde islamique qui cherche le dialogue et qui est faite d’interlocuteurs crédibles: Khalida Toumi Messaoudi qui n’a jamais arrêté de revendiquer sa liberté d’être à la fois berbère et algérienne, musulmane et rationaliste; la kosovare Vjosa Dobruna qui même dans les moments plus difficiles a su ne pas interrompre les relations avec ses amies serbes; le Palestinien Sami Adwan qui, avec son ami israélien Dan Bar-On, a confronté les raisons pour lesquelles leurs peuples sont en guerre depuis bien trop longtemps; la refugiée de Srebrenica Irfanka Pasagic qui est retournée dans sa ville pour y amener les grains de la vérité et du dialogue et enfin le petit miracle du village Ayuub en Somalie, construit par Maana Suldaan et Elio Sommavilla, une femme musulmane et un prêtre catholique.

Et maintenant bienvenue Narges Mohammadi, dans cette constellation de médiateurs, de bâtisseurs de ponts, de sauteurs de murs, d’explorateurs de frontières, de porteurs d’espoir !

Le comité scientifique et de garantie de la Fondation Alexander Langer - composé de Anna Maria Gentili (présidente), Anna Bravo (rapporteur), Gianni Tamino, Barbara Bertoncin, Fabio Levi, Edi Rabini, Ursula Apitzsch, Liliana Cori, Helmuth Moroder, Francesco Palermo, Pinuccia Montanari, Margit Pieber, Grazia Barbiero et Mao Valpiana - a dé­ci­dé d’attribuer le prix 2009, doté par la Fondazione Cassa di Risparmio/Stiftung Südtiroler Sparkasse de Bolzano de 10.000 euros, a Narges Mohammadi, Iran..

 

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