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Le Prix International Alexander Langer 2007 décerné à Zackie Achmat - Avis motivé du jury

Le comité scientifique et de garantie de la Fondation Alexander Langer - composé de Anna Maria Gentili (présidente), Gianni Tamino, Anna Bravo, Barbara Bertoncin, Fabio Levi (rapporteur), Edi Rabini, Ursula Apitzsch, Liliana Cori, Helmuth Moroder, Francesco Palermo, Pinuccia Montanari, Margit Pieber, Grazia Barbiero et Mao Valpiana -  a décidé d’attribuer le prix 2006, doté par la Fondazione Cassa di Risparmio/Stiftung Südtiroler Sparkasse de Bolzano de 10.000 euros, à Zackie Achmat, co-fondateur et président de l’association sud-africaine Treatment Action Campaign (TAC). 

Zackie Achmat est né en 1962 en Afrique du Sud en plein régime de l’apartheid. Il a passé son enfance dans une communauté musulmane du Western Cape. Ses origines malaysiennes et l’exemple de ses parents qui se sont engagés dans les luttes politiques et syndicales font de lui un « coloured » sensible aux injustices et aux discriminations envers les plus faibles. A 14 ans il a déjà passé trois mois en prison pour avoir participé à un soulèvement d’étudiants à Soweto. A 18 ans il lutte contre la ségrégation raciale et connaît encore la prison à cinq reprises. En 1980 il entame une grève de la faim avec d’autres détenus pour améliorer les conditions de détention et découvre les moyens de la lutte non-violente. En 1990 la libération de Nelson Mandela est pour lui aussi une source de joie et représente une lueur d’espoir. Mais Zackie Achmat va voir sa vie bouleversé quand il découvre d’avoir été contaminé par le sida. Cette découverte semble s’apparenter à une condamnation à mort sans aucune issue. Il vit une crise profonde après laquelle il décide de reprendre le chemin de la lutte, mais en le réorientant vers des sujets qui entre-temps les touchaient personnellement. A la fin du régime de l’apartheid, en 1994, la « nation arc-en-ciel » - pour utiliser une expression qui était chère à Desmond Tutu - commence à croire en la possibilité d’un événement qui tient du miracle: une transition pacifique vers la démocratie et l’affirmation des droits politiques, civils et sociaux pour tous. Cette année Achmat fonde la National Coalition for Gay and Lesbian Equality pour ancrer dans la Constitution de l'Afrique du Sud le refus de toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, principe confirmé en 2005 dans l’arrêt du juge Albie Sachs. Dans la même période il crée avec Edwin Cameron, l’un des rares juristes blancs qui avaient accepté de défendre les militants du Congrès national africain (ANC), l’« AIDS Law Project » un organisme qui fournit une assistance juridique. Ayant pris conscience de la gravité de la situation - l’épidémie galopait et le nombre des cas s’accroissait de façon dramatique surtout dans les couches les plus pauvres de la population - en 1998 il fonde la Treatment Action Campaign (TAC) [Campagne d’action pour les traitements en Afrique du Sud] pour lutter pour l’accès aux soins pour tous. L’un des objectifs majeurs est briser l’isolement et la marginalisation des personnes atteintes du sida. Le t-shirt proclamant « HIV positive » (séropositif) porté par une personne saine qui veut combattre la stigmatisation des malades a souvent contribué à faire tomber les préjugés qui entourent le sida. De la même façon allumer un espoir (de vie) assurant la distribution des médicaments antirétroviraux (les ARV) a contribué à repousser la peur d’une mort qui gagne progressivement et a amené de nombreuses personnes vulnérables à passer un test de dépistage du sida sans crainte de la censure sociale. Pourtant c’était uniquement en poursuivant concrètement le but d’un accès global aux médicaments que l’on pouvait transmettre l’espoir. C’est pourquoi en 1999 Zackie Achmat décide - et il va continuer jusqu’en 2003 - de refuser les soins médicaux jusqu’à ce que dans son pays toute personne atteinte du VIH/sida puisse accéder aux traitements à travers le système sanitaire. Dans ce but, la TAC a engagé une longue bataille contre les multinationales pharmaceutiques pour obtenir une baisse du prix des médicaments. Pour cela elle a engagé des procès et mis en place des actions de désobéissance civile ayant recours à l’importation et la distribution illégale de médicaments. Parallèlement il y a la lutte à l’intérieur du cadre institutionnel et juridique. En Afrique du Sud, un pays qui compte plus de 5 millions de personnes vivant avec le VIH/sida, les institutions ont longtemps refusé d’assumer un rôle de premier plan dans la lutte contre cette maladie. La TAC y a réagit en animant une mobilisation constante - qui au fil du temps a pris de l’ampleur et est devenue toujours plus large et internationale - visant à alerter sur la situation dramatique, à faire prendre conscience que le VIH/sida constitue une menace croissante et un enjeu de la santé globale et à solliciter une prise en charge par l’Etat ainsi que la mise en place d’un plan d’accès aux soins s’adres-sant avant tout aux femmes enceintes, aux détenus et aux autres catégories les plus exposées à l’infection. Zackie Achmat a été et est aux premières lignes de cette bataille. Il a accepté le rôle ingrat d’annoncer à un auditoire récalcitrant et sourd à ses mots la catastrophe imminente. Il est parvenu à susciter une mobilisation ou participation populaire et au même temps maintenir la présence dans les institutions. Tout cela pour allumer l’espoir, surtout parmi les plus faibles, de voir reconnu et respecté le droit à la survie et celui d’être traité en égaux.