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Prix Alexander Langer 2000 à Natasa Kandic et Vjosa Dobruna
Le Comité Scientifique et de garantie de la Fondation Alexander Langer a décidé d'attribuer le prix 2000 à Natasa Kandic et Vjosa Dobruna; une mention spéciale pour Sergej Kovaliev. Les motivations sont les suivantes:

Au début des années '90, alors que silencieusement la situation au Kosova/o devient de plus en plus dramatique, Natasa Kandic et Vjosa Dobruna entament des parcours différents avec plusieurs aspects en commun. Tout à fait semblable est leur refus des barrières ethniques, leur conception de l'identité en tant qu'univers mobile d'élements varié, leur sens de responsabilité personnelle et leur engagement pour les droits de l'homme, leur choix de se dédier soigneusement à la population, à travers leur travail, comme médecin pédiatre Vjosa Dobruna, et comme sociologue Natasa Kandic. C'est grâce à ce travail qu'elles se rencontrent et deviennent amies, une relation d'autant plus remarquable lorsque l'on pense au climat de haine et de dégradation politique très étendu à cette époque dans les Balkans. Vjosa et Natasa ne sont pas deux militantes traditionnelles, ce sont deux femmes qui incarnent la capacité - non seulement féminine, mais de plus en plus féminine - de construire des relations et des initiatives au-délà des fronts opposés.
De Belgrade, liée au début aux Femmes en Noir de sa ville, Natasa Kandic fait partie du groupe d'intellectuels qui, à partir de 1990, se sont engagés pour la défense des droits de l'homme et des victimes d'abus, en s'attaquant à la politique repressive du régime de Milosevic qui frappait l'opposition et tous les élements non serbes, et en denonçant le nettoyage ethnique en cours dans l'ex Yougoslavie. En 1992 elle est parmi les fondateurs de Humanitarian Law Center de Belgrade, dont elle est actuellement la directrice. C'est justement grâce à la documentation recueillie par HCL sur les crimes commis en Croatie et en Bosnie, qu'on a pu créer le tribunal de La Haye pour l'ex Yougoslavie et que l'on a pu emettre les premières condamnations. A cette époque Natasa Kandic se rend régulièrement au Kosova/o, où elle cherche des renseignemnts et des temoignages sur le terrain, et au même temps elle fournit une assistance légale et d’autres formes de solidarité. Entre temps elle fait entendre sa vois à travers la presse internationale. En 1996 elle ouvre un bureau de la HLC à Pristina qui s’occupe notamment du sort des kosovars détenus en Serbie, et qui poursuit son activité malgrè les menaces et les limites imposées par Belgrade. En 1998, quand la repression serbe s’intensifie, le bureau de Pristina publie les premiers resultats de ses enquêtes, qui désavouent les thèses divulguées par les autorités de Belgrade.
Son travail continue en pleine guerre. Sous les bombardements NATO, Natasa Kandic se rend pluseiurs fois en taxi à Pristina, pour toucher de près la situation, et tout en risquant sa vie pour essaier de sauver quelque kosovare. “Ainsi – dira-t-elle – j’ai pu constater personnellement l’importance pour eux de voir que quelqu’un venait de Belgrade pour se rendre compte de leurs conditions de vie et pour rester avec eux”. A la fin de la guerre elle installe dans la ville de Pec le bureau créé au Montenegro, rouvre celui de Pristina, et avec des avocats elle continue à recueillir des informations, en essayant surtout de connaître le sort des personnes disparues, et en se souciant de la situation des Rom et de la minorité serbe; aujourd’hui l’HCL a 4 bureaux au Kosova/o et un à Belgrade. Sur l’état actuel de la Serbie et sur le soutien internationale nécessaire pour garantir les conditions de vie après les destructions de la guerre, Natasa revendique la nécessité de soutenir non seulement l’opposition, mais d’aider toute la population à sortir de ces dix années de conflits.
Récemment elle a reçu avec Veton Surroi, directeur du quotidien de Pristina Koha Ditore, le prix pour la démocratie de la part du “National Endowment for Democracy” de Washington.

Vjosa Dobruna, de Pristina, participe au début des années ’90 à la résistance non violente et à la désobéissance civile du peuple kosovare contre la politique de discrimination et de repression du régime de Milosevic. Après avoir perdu son poste en '92, comme tous les médecins et les professeurs de langue albanaise, elle choisit de s’engager à côté des femmes et des enfants et elle entre dans le projet “Pont de femmes entre les forntières” dont le but était celui de créer des liens entre les ethnies et les différentes cultures. C’est ainsi que, grâce à la collaboration des associations des femmes de Bologne, elle fonde à Pristina un “Centre pour la protection des femmes et des enfants”, actif dans le domaine de la santé et de l’éducation. Pendant la guerre, Vjosa Dobruba décide de transformer le centre en hôpital, mais elle arrêtée et transportée de force à Tetovo en Macédonie. Dans le camp des réfugiés elle arrive tout de même à poursuivre son travail avec les femmes et les enfants en créant un Centre semblable à celui de Pristina, et en essayant d’attenuer les souffrances de déportés. Après son retour à Pristina, elle s’efforce de renconstruire les structures essentielles afin de tisser un nouveau dialogue entre les personnes; son initiative la plus récente est la fondation à Jacoba d’un Abri pour les femmes victimes de violence familiale et d’exploitation. Comme les autres kosovares, Vjosa a souffert de la crise de la stratégie de la non violence, provoquée par le désintérêt de la communaté internationale. “A cette époque – dit-elle – j’ai commencé à croire qu’il existe des situations où il n’y a aucune altenative à la resistance armée”. Cependant elle n’a jamais cessé de travailler pour un Kosoa/o multiethnique, “où les personnes puissent exprimer librement leur propre identité. Mon identité est être une femme, une kosovare, pédiatre, la fille de quelqu’un, et comme moi chacun devrait être libre d’être soi-même. Il n’y a pas un Kosova/o des serbes et un Kosova/o des kosovars avec une identité etnique imaginaire; il y a un Kosova/o de personnes libres, pacifié pour tous ceux qui désirent y vivre dans le respect réciproque”. Voilà pourquoi son défi principal est aujourd’hui de créer les conditions afin de mettre fin à la tension existant au Kosova/o à cause des violences des élements révanchards kosovars contre la minorité serbe.
Vjosa a été chargée récemment par l’ONU de promouvoir et favoriser le processus de réconciliation dans son pays. Elle participe à la Direction du Département pour le développement des institutions démocratiques et de la société civile pour la mission des Nations Unies au Kosova/o.
On souhaite que l’expérience de Natasa Kandic et de Vjosa Dobruna soit perçue non pas comme une exception, mais plutôt comme le début d’une coexistence qu’il faut construire à travers l’élaboration des blessures de l’oppression et de la guerre, en donnant notamment une valeur essentielle aux ponts, non seulement symboliques, qu’Alex Langer considérait essentiels pour le futur de l’humanité.

Mention spéciale à Sergej Kovaliev - Serge Kovaljev (1930) biologiste, adhère dès 1969 au “Groupe clandestin d’initiative des droits de l’homme en URSS”. Il devient redacteur de la revue “Samizdat – chronique des évenements”. Arrêté, après le procès à Vilnius en 1975, il est condamné à 7 ans de prison et à 3 ans de relégation. En 1991 est élu député et chargé par Eltsine à faire partie du Conseil présidentiel pour les droits de l’homme. En 1995 il est éloigné de son poste à cause de son opposition à la guerre en Tchétchénie. Après un infarctus en 1996, il reprend son opposition à la seconde guerre contre la Tchétchénie, en collaborant avec Elena Bonner, veuve d’Andrej Sacharov, et d’autres associations humanitaires. Ses appels prophétiques pour une solution pacifique du conflit n’ont malheureusement pas été écoutés.
Avec cette mention spéciale le Comité scientifique et de garantie de la Fondation veut rendre hommage à la cohérence de ses positions et lui attribuer une mention pour sa longue activité d’oppositeur, en tant que référence pour le mouvement démocratique russe et pour tous ceux qui s’engagent contre la barbarie du nationalisme et de la guerre en Tchétchénie.

Du comité font partie: Ursula Apitzsch, Anna Bravo, Elis Deghenghi Olujiæ, Sonia Filippazzi, Renzo Imbeni, Pinuccia Montanari, Margit Pieber, Gianni Tamino, Alessandra Zendron